En relisant des passages d’Il tombe de D. Pemerle, me dis qu’il manque un deux points à ce titre. Pour signifier son inhumation. Un tertre de sujet. Une mise en bière de “viande crue” : il : tombe.
Non ?
A charge de. Accents à discrétion.
En relisant des passages d’Il tombe de D. Pemerle, me dis qu’il manque un deux points à ce titre. Pour signifier son inhumation. Un tertre de sujet. Une mise en bière de “viande crue” : il : tombe.
Non ?
A charge de. Accents à discrétion.
Hier. Gobelins. 15h10. André Téchiné. Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc. Ce jour. Téoz. Direction Never(s). D’un train l’autre. La fille ne sait pas pourquoi elle a fait ça. Jeanne a menti et Téchiné a bâti son histoire en deux temps – Les Circonstances/Les Conséquences – sur cette fable prime. Le RER sature la moelle de l’image, la corrode. Toujours cette carcasse bringuebalante en hors-champ. J. m’accompagnait. Lui non plus ne fut pas touché. « Une belle lumière » dit-il. Oui, la lumière d’été est aussi belle dans le RER E à Roissy-Bois-Perrier que dans la dispendieuse maison de campagne de l’avocat. Les acteurs aussi ont une belle lumière : Deneuve en est presque touchante en veuve digne d’un officier mort en mission, qui garde des enfants dans son pavillon de banlieue. « J’habite en banlieue, je t’expliquerai ». Étrange : y a-t-il à se justifier d’y vivre ? Mais non, ça ne passe pas. Le papier peint est trop fleuri. Il y a une trop forte dichotomie entre l’hôtel particulier ultramoderne de l’avocat-Michel Blanc et la maison avec piscine de Deneuve. La plus belle image sans doute, après cette jeune femme en roller qui sort du tunnel pour entrevoir l’île Saint-Louis exsudante, c’est encore cette maison près du lac, ce pont brisé sur le lac, aux adultes interdits, cet enfant et Jeanne, dans une cabane attendant la fin de l’orage. Un côté Grand Meaulnes à tout le moins. Là encore, deux passages : lui, sa Bar Mitzvah, elle, l’aveu. C’est cette invention de l’un par l’autre qui « transcende » le film. On en sort dérangé, dérangé étrangement par ce mensonge qui n’aura servi à rien. La même dichotomie s’empare du spectateur : suis-je touché par la détresse de cette jeune femme en confondant absolument son besoin de mentir à son envie de (se) fuir sa vie ou alors mon sentiment peut-il se mesurer à l’aune du potentiel lacrymal d’un Ça se discute ? Dois-je m’empresser d’en rire de peur d’en pleurer ? En faisant la bête, elle aura tutoyé l’ange. Une musique douce-amère, ignorante. Une machine infernale. Une banalité affligeante qui prend le monde pour oreille. Comme pour Les Témoins, A.T. rédige une dissertation. Action-réaction. Causes-conséquences. Cependant, là où c’était Emmanuelle Béart qui apposait sa voix rapide, comme éreintée de dire, à l’image, ici, la voix off est le soleil. Un soleil versicolore, omnipotent, affabulateur. Une réflexion en/ de l’abyme sur le pouvoir des fables. Un mentir-vrai qui se regarde.
Avec son profil étroitement aquilin ourlé par on ne sait quel maître de cathédrale, ses yeux sourcilleux, sa dégaine de singe, il a l’air d’un vieux loup de banlieue, de Quasimodo, d’une Ford Mustang rapide et un peu déglinguée. Déglinguée aussi, chaotique dans l’air qui lui appartient, sa voix unique, qui se balance dangereusement mais retrouve toujours son équilibre. C’est un drôle d’homme, fêtard et un peu fou, dont le regard s’éclaire souvent tendrement. Sa musique est catégoriquement insaisissable et par conséquent inimitable. Imaginez la pauvre reine de Kékéland bourlinguer dans ce chaos, sans répétition, avec ce baltringue qui crie de plaisir entre les prises, qui fait attendre un taxi pendant quatre heures et demie pour un simple anniversaire alors qu’il habite au bout de la rue, qui enlève sans façons la meilleure amie de la soirée à la finale, après avoir vidé tout le champagne, et qui après la séance et son euphorie de cyclothymique, ne donne plus jamais de nouvelles. Il paraît qu’il est devenu Bibendum. Tant pis pour lui. Brigitte Fontaine, “Alain Bashung” in Galerie d’art à Kékéland, Flammarion, 2002. p.63
Miettes d'encre