Plénipotentiaires

23 08 2008

Pour me calmer les nerfs Je débouche un magnum Dans l’étoffe légère D’une sorte de peplum Transparent noir et or A tomber dans les pommes Le jour se lève encore Sur la splendeur de Rome [...] Et je lance au soleil Comme un ultimatum Un long crachat vermeil Du meilleur Mumm de Mumm. Brigitte Fontaine, “Le magnum” in Genre Humain

A.N. Ultime livrée. Couverture signée Pierre et Gilles. Paradoxal système. Lotophages. Meursault. Roederer. Krug. Le Festin de Babette. Me rappelle Disparitions : film dans lequel un alien prend la place d’un enfant disparu ou mort au sein d’une famille morcelée – mais aussi Plein Soleil ou Le Talentueux Mr. Ripley. Néanmoins, le fait que jusqu’au bout soit conservés cet usufruit, ce fait du prince précisément, permet au récit de ne pas s’enliser dans un convenu qu’il coudoie par trop. Le dom-pérignon est salutaire. Huile de la veuve. Petite semaine. Epoisses affiné au vieux marc de Bourguignon. Le livre assoiffe et affame. Il piège qui le lit dans une monstrueuse thébaïde de confort et d’ivresse compartagée. Clos-vougeot. Aristocratie noyée dans l’éthanol. Fugu. Sashimi. Pouvoir améthyste de la solitude à deux. Peu ou pas d’intrigue. On ne saura rien et c’est heureux. Ne pas redouter l’oiseux, l’hors. Maladie liée au cresson. Douve du foie. “J’ai toujours eu pitié des légumes lyophilisés : à quelle vie prétendre quand on a perdu son humidité ?” La philologie affleure souvent mais opère-t-elle ? Le fait du prince est aussi fait de lecteur. D’intéressants passages sur l’art contemporain – en Suède notamment. Demeure cette interrogation : la lecture d’un tel roman relève-t-elle d’un vain combat ou de la reconquête périlleuse de mes amours épistolaires ? Nihil obstat. C’est peut-être les deux.