A nu l’absent

24 08 2008

Sans dents ni griffes le voilà Comme place démantelée. On lâcha sur lui quelques chiens. Il fit fort peu de résistance. J. de La Fontaine in Le Lion Amoureux

Grand Action. 19:30. The invisible man. Version de James Whale. Avec N. et C. Pensers : Copyright MCMXXXIII. Claude Rains – The invisible one. La tenancière de la taverne a même voix que Bubble dans AB/FAB. Mais un accent écossais. Sera-ce une parente indigne ? Toujours, le vent se fait entendre au début. Déshabillé de l’absent. A nu l’autre pareil. Branches cadavériques. Sans-chair. “Oh leave me alone, how can you ?” Le -r- est déroulé. “I understand, alright.” Danse de Saint-Gui. Le néant ne gagne un nom que grâce aux bandelettes qui le ceignent. La tenancière est une ménade. Voie de fait. L’étêté se gausse. “Ludique” dira C. Il est vrai que voir un pantalon courir après une fermière a quelque chose de cocasse. Pathétique qui sait. Le temps lui aussi est disloqué. Demandez à la pendule de l’entrée. “Des ongles en deuil” – “Some dirt on my nails.” “Enter the holy of holies.” “Nous allons le chloroformer.” “The world is my hiding place.” Le sensible, l’intangible se disjoignent. “Money, money, money !” Le pouvoir comme espoir ultime. Le portait sera vu de haut et une seule fois. Le visage prime, jamais. Le commissaire comme un conteur. Des hommes en tailleur. Apostasie au monde. Monocaïne. Macbeth ? La police comme la forêt de Birnam marchant vers Dunsinane. Comme caparaçonnée. Comme une formation de légionnaires. Une tortue. Hurlements, cris. La différence. Son impossibilité. Empêché de vivre. Chasse à courre. Un vieil homme est entré à la fin du film. Une question commence de me hanter : sortira-t-il une fois le dénouement consommé ? Guerre entre les éléments. La terre trahira l’air, la matière l’idée. Crier vengeance. Flocons. Mais que devient le blanc quand la neige a fondu ? Un mourant, un mourant sublime aux yeux cernés de noir.

Dans le métro, parlons avec N. du mot et de l’idée qu’il véhicule. Ou pas. Echange roboratif. Conclusion sans appel : l’idée importe peu. En buvant un thé, la voix Césaire et son poème “Mot’ extrait de “Corps perdu” in Cadastre défile en lecture aléatoire sur Itunes : “Vibre mot j’aurai chance hors du labyrinthe plus long plus large vibre en ondes de plus en plus serrées en lasso où me prendre en corde où me pendre et que me clouent toutes les flèches et leur curare le plus amer au beau poteau-mitan des très fraîches étoiles Vibre vibre essence même de l’ombre en aile en gosier c’est à force de périr.” Coïncidence ? Tout est là. De cela je suis sûr.

N’avais pas vu A. depuis deux ans. Cinq shots de tequila-citron-sel ont eu raison de la gémellité du temps et du silence. Elle veut venir vivre à Paris. Ne plus rentrer tout de suite à Tahiti. Mais ceci est une autre histoire. C. a fini Molloy. Hypocrites lecteurs, c’est éthylique que je me vas. Claudiquant, balbutiant, peinant à écrire. Ce soir, je suis ivre de.





Odéon 84-00

24 08 2008

La lav en luil i koul dann ravinn vin in lil i sainy dann lam la mer. Vi rêv un vouv i enval lo rêv Eva. Lé en voulvoul po ansain là. Ti lamb ti lamb i empar. I fanafout mon kèr dann fèy fanzan. Danyèl Waro, “Mouramour” in Foutan Fonkèr

Filmo. 13:53. Le dernier métro. Salle bondée. Grâces à M., qui nous cède sa place, Je. et moi pouvons siéger. Impressions : thème lancinant de Mon amant de Saint-Jean. “Odéon 84-0… Mais enfin vous vous foutez de moi, c’est le téléphone de l’horloge parlante !” Version chorale de la Prière à Zoumba. “Bonsoir Madame Steiner.” Je suis partout. 1942. “Au revoir Valentin.” Jean-Pierre Klein est beau. “Le passeur à côté de Nevers a été arrêté.” Daxiat. “Inspecteur des travaux finis.” “Montherlant est juif ?” La disparue. Une canne à pêche. Une gaule. De Gaulle. “Quelqu’un est venu hier. Mais qui ?” Mots croisés : “symbole de la bassesse en six lettres : youpin.” Doryphores. Pick-up piégé. Lesbianisme retenu. Coupe-papier. Fume cigarettes. “Deux verres égouttaient que ma bouche n’avait approchés.” Les anges de miséricorde. Le pompier arbore l’étoile jaune. “Nihilisme enjuivé.” Paquet en forme de cercueil dans lequel gît une corde. Peur démoniacle. Huit-cent-treize jours et huit-cent-treize nuits. Réclusion de L. Steiner abolie. Croisé N., et J., accompagné. “L’homme de Je suis partout devint l’homme de nulle part.” Convulsivement beau.





Gloomy Sunday

24 08 2008

Ce jour, après une nuit passée à étrenner la saison première de Dexter et de terminer un Léonard ou deux, j’ai entrepris L’Ascension du Haut Mal, paru dans la collection l’Eperluette. Une bande dessinée de David B. Le “Haut Mal”, c’est l’épilepsie qui ronge son frère, Jean-Christophe. A ce stade, l’enfance seule a droit de cité. Orléans, le lieu dit. Sa soeur, Florence, en rédige la préface. Elle évoque l’heure du coucher et leurs pérégrinations sur Mars une fois la lumière éteinte : “Nous finissions par de gigantesques festins de cuisses de dinosaures rôties et de pastèques géantes avant de sombrer un peu ivres dans un sommeil qui départageait cet unisson fugitif et cristallin.” La crise – assimilée à un typhon emportant tout. Un dieu danse en en eux. Constamment. Sur un fil tendu par les non-dits de la mémoire, ses inexactitudes, ses renoncements. Le pathos est honni. David B. est un tisserand.