La nuit est une femme à barbe venue d’Ispahan ou de Tarbes. Brigitte Fontaine in Femme à barbe
Longue à venir. Nuit de noce – maison de crime. Nos oreillers comme de silencieux confesseurs. Diaclase sourde du drap blanc. Délire précédant le sommeil : me suis imaginé dans vingt ans invité aux fêtes “de famille” et ne parlant par choix à personne. L’amitié relèverait-elle perpétuellement de l’orpaillage ? Comme pis-aller, j’ai continué le “Haut Mal”, Le tumulte des flots de Mishima, et Dormir ensemble de Henri Brunetière paru aux éditions L’escarbille (collection Feux Follets). Le fait est que pendant ma “pause payée” par G.J., je monte aux 3° et 4° étages pour regarder les nouveautés et/ou les poches d’occasion. Jeudi dernier, je cherchai du Echenoz et suis tombé par hasard sur l’Abécédaire malveillant. La mort de Duvert m’était alors inconnue. Le lendemain, ai pris Journal d’un innocent, Le tumulte des flots, Le marin rejeté par la mer (toujours de Mishima) et Dormir ensemble. Pour exemple, un extrait de ce dernier. On croirait à du Duras proféré jusqu’à l’évanouissement. Trop visible, trop répété, trop retenu dans son absence même de retenue. Cela se pourrait-il ? “Ils ont dormi tous les deux à côté toute cette longue nuit. Ils étaient si proches. L’odeur du corps de l’homme, l’odeur du sexe de l’homme, ses odeurs à lui, se mélangeant, même sans se toucher, les odeurs des corps se mélangeant, à l’odeur de son corps de femme, l’odeur de son sexe de femme, ses odeurs à elle. Dans la tiédeur ou la chaleur des draps, leurs odeurs se mêlent, s’arrangent entre elles, construisent une nouvelle odeur, une odeur unique, inoubliable, l’odeur de cette nuit. L’odeur de cette nuit à eux qui est la mémoire de cette nuit à laquelle je n’aurais jamais accès. C’est une nuit de juin je crois.” Le mari se pensant trompé par son épouse, qui lui a dit avoir dormi avec un homme triste rencontré dans un parc sans que rien ne s’accomplisse, expose ses doutes, ses fantasmes et sa vision particulière de la relation amoureuse. C’eût pu être très bon mais ici, le zèle de la virgule est indiscret. A trop vouloir diviser, la litanie n’opère pas. Monocorde, elle est impuissante à rendre compte des errements de l’esprit d’avant-veille. Beau phylactère lu dans L’Ascension : “Le livre fini, je continue de couvrir des feuilles entières de batailles gigantesques. C’est mon épilepsie à moi.” C. : un point que l’on met sur l’i.








Miettes d'encre