Bouche impalpable et vaporeux corps introuvable, esprit factieux c’est un cortège de chars de verre, c’est un manège d’embruns de fer. Les yeux plus longs qu’un jour sans pain, neige, elle fond, pas de destin, perverse et douce, en pure perte, c’est une mousse blafarde et verte. Grain vénitien jusqu’au téton, fille de rien, gracieux garçon. Ne mangeant rien que tubéreuse poudre et crachat, coquilles creuses, elle est sirène des quais de gares et son domaine est nulle part. Spectre splendide, sueur, cris, son sang si pâle et sans odeur coule et s’étale sur corps et cœurs. Un jour pourtant, elle mourra, un jour le vent l’emportera malgré les larmes, les manigances dont elle s’arme pour ses vacances. Brigitte Fontaine in La chanson de Simone – écrit à l’écoute.
C’était, dans l’obscurité, le bruit de la vie. Comme disent les Shuars : le jour, il y a l’homme et la forêt. La nuit, l’homme est forêt. Luis Sepulveda in Le vieux qui lisait des romans d’amour
Filmo. Croisé D. qui ressortait des Quatre Cents Coups. 21:40. Fahrenheit 451. Antennes de télévision en Technicolor. Julie Christie dédoublée. Me rappelle d’elle dans Le docteur Jivago – un jour, Lara – et Loin d’elle. Entre les deux, 451. Et mon cœur qui oscille. Firemen alignés. Brassards des pompiers. 451 partout. Don Quixote réduit en cendres. Pense aux Combustibles d’A.N. Sauf que la guerre et le froid ici ne sont même pas prétextes pour brûler les livres. Gants de Jules en pompier pyromane. Schizophrénie de celui que évoquait Shakespeare et Goethe. De mémoire : “Est-il vrai qu’il y a très longtemps, les pompiers éteignaient des incendies au lieu de brûler des livres ?” “Vous êtes fâché avec le mât ?” “Pourquoi lisent-ils, quelle perversion !” “Les livres se contredisent tous !” “Mes mémoires, Ma vie. L’auteur dans son premier roman a voulu jouer l’extériorité. Mais par la suite, il a voulu se démarquer des autres, se distinguer. Alors que l’égalité seule permet d’accéder au bonheur.” “La philosophie est histoire de mode : tout un siècle, ils mettent en avant le libre-arbitre, un siècle plus tard, c’est le déterminisme. C’est comme les jupes courtes.” “Le lundi, on brûle Miller, le mardi Tolstoï.” “Pourquoi est-ce défendu ? Parce que les livres font du mal.” Cousine Claudette, la cousine speakerine. “993 kilogrammes de livres ont été brûlés aujourd’hui.” Antisociaux lisent. Une femme au ralenti est soulevée par un judoka. Ippon. “Linda, vous êtes une femme absolument fantastique.” La télévision comme un mur psychédélique. Bande dessinée sans écrits. Tout comme le générique du début. Noms énoncés. Annoncés. Beauté des cadets. “Pour savoir trouver, il faut d’abord apprendre à cacher.” L’emblème des pompiers comme une salamandre à la queue incendiant sa gueule. Toujours les photographies sont détournées. Les photos d’identité sont de profil ou de dos. Seuls, les antisociaux sont de face. Sens dessus dessous. Le train est suspendu à ses rails. Tramway volant. Partout, le téléphone. L’écran de télévision comme lumière blanche. “Occupez-les à ne pas penser.” Montag. Bloc 813. “Ici la section des toxiques.” “Elle sera prête à bouffer le monde.” Grossièreté des infirmiers. Rapt de David Copperfield, lu en missouk. Rhinocéros. Dictionnaire. “Rhinocéra-”. “Je vais à la recherche du temps perdu.” Scène sublime : autodafé intime d’une vieille – antisociale – et de ses livres. Allumette craquée. Rire et sueur. Livres aperçus, essencés, brûlés : Dali, Othello, The Moor of Venice, Klossowski, Genet, The Thief’s Journal, Gaspard Hauser sauvé, plaidoirie subjugante, brûlés Mein Kampf, Les Cahiers du Cinéma. La vieille folle a compris l’antienne des Gens du Livre : le seul livre brûlable, c’est soi ! Les Hommes-Livres. Réminiscences de Jules et Jim quand, dans la cave, Clarisse et Montag brûlent les noms et adresses des antisociaux. Mensonges brûlés par Catherine. Montag obligé de procéder à son autodafé propre. Lundi brûlera bien Miller, Plexus arraché. Brûlés Les frères Karamazov, Lolita, La Peau de Chagrin – comme dans Les Quatre Cents Coups – la télévision et le lit. Cage à oiseaux. Circonspection de la voisine : “Ils sont venus et ils les ont emmenés. Il paraît qu’ils font ça, maintenant.” Cet oncle ressemble à un juste. Climat délétère des dénonciations des Juifs. L’eau du rêve traversée par la barque de fortune de Montag. Me fait penser à Bonnefoy ou Dead Man. Lande peuplée de livres vivants. “Venez voir votre capture.” “Je me présente : je suis La vie d’Henri Brulard par Stendhal.”"Je suis La Question Juive.” “Là, c’est Alice au Pays des Merveilles, je ne vois pas Alice à travers le miroir.” “Orgueil et Préjugés. Mon frère est le tome 1.” “C’est moi La République.” “Je m’appelle Chroniques Martiennes de Ray Bradbury.” “Je suis Le Prince de Machiavel. Comme quoi, il ne faut pas juger un livre à sa couverture.” “Voici En attendant Godot.” Montag aussi est un livre : Les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Moment magique où l’histoire se dit d’elle-même. Entre le jeune garçon et son vieil oncle dans Weir of Hermiston de R.L. Stevenson. Il mourut quand vint la neige. Si fait. “Un jour, je me réciterai pour vous.” Partout, des livres marchent et se disent. Dernier asile. Empire des signes. Monde d’avant-rive. Corps imprimés. Sang et encre ménechméens.
Ecoute Tumbleweed -amarante – chanté par Marie Laforêt et Funeral de Band of Horses et pense à C.








Miettes d'encre