Spéculaire effroi

11 09 2008

Quelque chose, oui, mais quoi ? Est-ce une bombe perdue ? L’apocalypse maintenant ? Est-ce un dieu vengeur et froid? Qui nous fait un coup tordu ? Un attentat fulgurant ? Une usine qui explose ? Il s’est passé quelque chose. Juliette – extrait de “Il s’est passé quelque chose” in Mutatis Mutandis

Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images. Jean Cocteau in Essai de critique indirecte

UGC Gobelins – 22:30 – Mirrors – Alexandre Aja – erratique course – effet-bus – décollation – murs – danse de Saint Guy – anamorphose – Empire State Building – PhénomènesCloverfield - kaléidoscopique – saturation immobile – émergence de la Statue de la Liberté – Mayflower - Pompéi – je(u) de paumes – ocre catabase – colombes assourdissantes - Esseker – ectoplasmes de verre – tavelures difformes – la main – concrétions fuligineuses – sourdent les hululements des corps calcinés – douves atlastiques – ruines marmoréennes – nef palpitante de colombes – Marienbad assassiné – Deux sœurs – sein : gangue desséchée – appendice xiphoïde – La Belle et la Bête - morgue – diktat de la mode – dictature de l’image – bouche entrebâillée – hippopotame – verre et cris – “Objets in the mirror are closer than they appear” – The Eye – thaïlandaise version - Dark Water – version japonaise – verrière aux tortures – vois ! – “A slaughter house” – conquérante berline – staccato fortissimo – peinturlurer – retrouver la vieille habitude dans un geste de défense – L’exorciste - truie – auge – miroirs interdits dans les couvents – mains en orante – Pennsylvania – les jalousies vaincront les miroirs – la croix comme un argument d’autorité – famille en cire d’abeille – démon – d’une le sacrifice – parquets en cascade – l’eau du cauchemar par la bouche de l’enfance – pense à I. et à son projet de terminale avec ces gants en latex bourrés de plâtre et les draps gourds sur lesquels nous les faisions se mouvoir – Tirésias – Oedipe aux Enfers  – plonger dans l’hérésie encore – Narcisse dédoublé – Zabriskie Point – impensable symétrie – celui des deux qui reste se retrouve en Enfer – Aladdin – de génie point – Hannibal - bouche cousue – afocale – dommage – aurais pu mais – ne que.





Circonspections

11 09 2008

“M’échoissât ? Fallait-il qu’à ce point vous écorchassiez la langue pour entrer à l’Académie ! Mais ma chère , tout le monde sait que ce sont les eunuques qui veillent sur les harems.” Fanny Ardant et Bernard Giraudeau in Ridicule

Oui, lecteurs impavides dont le nombre ne cesse de croître pour bientôt atteindre la température d’un corps plongé dans la Seine, nous sommes le 11 septembre. Seule souvenir : la nuque de M. dans le cours de Madame A. Elle l’avait comparé au Blé en herbe. Nous jouissions encore de l’entour des cannes à sucre près des habitations obsolescentes.

Item, avant-hier, remontant les escaliers opalins de la station Censier, que vis-je ? L’affiche de Mamma Mia ! – le film. Oui, le film. Et là, apposé comme une phalène sur une épingle le commentaire de Paris Match : “On en ressort Abba…ssourdi.” J’italicise et rogne la fin. Mais pourquoi ces deux esses ? Je suis comme une truie qui doute.

Hier, ai trouvé, en allant chercher du côté de Saint-Mandé un miroir que finalement nous ne prîmes pas eu égard à son piteux état et à sa facture boisée, Les Cahiers Renaud-Barrault – le numéro 50 – regroupant les études de Jean-Louis Barrault, Benjamin, Claudel, Döblin, Ionesco, Kassner,  Musil, Starobinski, Vialatte et Wahl sur trois livres de Kafka : L’Amérique, le Château et le Procès. N’ai pour l’instant pas le temps de vous parler du programme de Paris III mais cela viendra, tout comme la lecture dudit ouvrage. Sachez cependant que L’Amérique en fait partie.

Enfin, comme le temps m’oppresse, deux choses. Parlerai de La Féline et du Portrait de Dorian Gray ce soir.

1/ Numa fait allusion dans le premier tome de Yapou à un sport pratiqué par la noblesse de l’Empire cosmique EHS – Empire of the Hundred Suns – en 3970 et le décrit comme suit. Toute ressemblance avec un autre univers imaginaire en vogue actuellement serait purement et évidemment fortuite. “La noblesse d’EHS est à quatre-vingt-dix pour cent d’origine anglo-saxonne, c’est un peuple qui fit preuve des mêmes qualités supérieures dans le développement de ses élevages que dans le l’invention de nouveaux passe-temps. Il aurait été curieux qu’il ne créât pas une nouvelle forme de polo, remplaçant l’ancien equus par le pégase. A la différence du vieux terrain des origines, le pégase polo est un polo tridimensionnel se jouant dans l’espace, à plus de cent mètres d’altitude, et dont l’objectif est d’envoyer une balle, équipée d’un roulement interne lui permettant d’échapper à la force de gravité, dans un but situé à cinquante mètres du sol. Les deux équipes dont les ailes des pégases ont été teintées de couleurs différentes évoluent ainsi dans le ciel, à droite et à gauche, de haut en bas, tandis que la balle se déplace verticalement et horizontalement. C’est un sport réellement éprouvant et rude. Doris (la soeur de Pauline *) appartient à l’Aberdeen Polo Team.” L’ancêtre futur du quidditch d’avant-hier est né en 1956.

2/ La virginité m’a fui : j’ai décapé un Louis XV.

* Pauline, c’est plus Dumas que Sade, d’ailleurs.

Mon tortionnaire a lâché les chiens.





De guingois

11 09 2008

Absalon, Absalon ! William Faulkner in Absalon, Absalon !

Ai reçu hier matin emballé dans du papier de soie – oui on en vend chez G. – Le sang des Mugwump de Doug Rice aux éditions Désordres. Alléchante quatrième de couverture : Le lit avait dû engloutir Papy. Puis du lit sifflant émergea le corps de Grand-mère Mugwump. Davantage que le papier, davantage que les mots. Ses cheveux, sauvagement dépossédés autour de son visage, ressemblaient aux serpents cinétiques de Méduse. Les yeux vitreux de Caravage ramenés à la vie. Mugwump mangeait des mots, parlait la bouche pleine. Essayait de tout avaler à la fois. – “du” Caravage n’aurait-il pas été plus approprié ?

Mais il suffit ! Voici le temps enfin qu’il faut que je m’explique…

Je termine Le Grand Cérémonial – une pièce de Fernando Arrabal. Bluffant. Me rappelle Koltès pour ces conversations interlopes au coin de ruelles glauques, entre un dealer et un client. Ramener le lien humain à sa perspective besoin-service. La liste des personnages opère déjà une troncature nette : Casanova – Il est bossu, Sil – Elle est belle, Lys – Elle est belle, L’Amant – Amant de Sil, La Mère – Mère de Casanova et Plusieurs Poupées Nues. Partant de la rencontre fortuite (?) de Casanova réant sa mère sur un banc à l’orée de la nuit et Sil, une jeune femme prête à acheter un fouet et à se faire par lui flageller pour obtenir son amour, F.A. parvient à détourner l’habituel jeu du galant pour le plonger dans les affres bosselés de sa difformité. Le vain combat d’un dromadaire et d’une oie blanche.

“Sil, avec beaucoup de douceur. – La mer ondule sur vos lèvres et l’aube transparaît dans vos yeux, vous dépouillant de sa tendresse.

Casanova, ton ironique. – J’en suis ravi.” (Prologue – Premier Tableau)

Il fera tout pour la dégoûter, pour la persuader qu’en lui tout est immonde, à abhorrer, à railler. Plaisanteries grivoises, insultes, coups, hyperboles, mensonges, déni, folie, hypocrisie, chattemite. Toutes les ruses sont bonnes.

“C. – Seriez-vous disposée à coucher avec moi sur ce banc ?

S. – Vous ne me laissez pas répondre.

C. – Attendez, j’imagine le spectacle. Vous, allongée sur le banc, les jupes retroussées et moi, sur vous, tâchant de trouver la manière de me servir de mon sexe.

S. – Taisez-vous, je vous en prie !

C. – Nous pourrions inviter les enfants à la sortie des écoles. Nous ferions salle comble tous les soirs.

S. – Je vous en supplie !

C. – Je désire vous avouer une chose : mon sexe est tout petit. [...] Je crois que je le dois à l’alcoolisme de mon père, à moins que ce ne soit à la syphilis de ma mère. [...] Pourquoi est-ce que je vous présente un musée des horreurs, n’est-ce pas ? Je veux vous éblouir.

S. – De cette façon ?

C. – Oui ! Je me rappelle avoir dit un jour à une femme que toute ma vie sexuelle consistait à masturber des chevaux.” (id.)

Parfois, des passages sublimes de Casanova, tout entier en allé dans l’intimité naissante qui lie les “amants” d’un soir : “Je n’aurai plus à imaginer les conversations que j’aurais pu avoir avec une femme. Je pourrai penser et repenser à celle que j’ai eue cette nuit, avec vous, comme si au-dessous des rouges horizons la peine se plissait dans la broche et dans l’outrage.” (Deuxième Tableau). Mais les plus terribles passages sont ceux qui dévoilent la complexité d’un Œdipe insatiable. Cette mère tout-puissante, terrible, aimante, aimée, haïe, que l’on aurait envie de tuer mais qui est plus forte que soi. Dans la forge de Vulcain, quelque chose de d’âpre et de sourd comme dans Vipère au poing, mais surtout Ma Mère.

“La Mère – Tu as peur de moi ?

C., il réfléchit. – Oui.

La Mère – Comme la nature fait bien les choses ! Non seulement je suis plus forte que toi spirituellement, mais aussi physiquement. Tu es un malheureux infirme sans forces. Et spirituellement, tu es un pauvre être sans expérience.”

La parole se dresse sauvage et dure. Souvenirs des tortures. De la mère. De son trop. Casanova dans le prologue dit l’avoir tuée. Il la magnifie dans la mort – la blasphème avec rage, la conspue mais retourne. Comme tous ces personnages d’enfants esseulés qui après avoir essuyé des déconvenues supplient de goûter une fois encore au liquide amniotique. Mais, de l’assassinat de la mère ou de la conquête amoureuse, quel grand cérémonial sera le plus respecté ? L’amour comme le talon d’Achille d’un jour à poindre.