Ce fut comme une apparition

14 09 2008

Quelques jours après les couches la beauté de la femme se transforme. Le visage souvent penché sur la poitrine s’allonge un peu. Les yeux attentivement baissés sur un objet proche, s’ils se relèvent parfois paraissent un peu égarés. Ils montrent un regard empli de confiance, mais en sollicitant la continuité. Les bras et les mains s’incurvent et se renforcent. Les jambes qui ont beaucoup maigri et se sont affaiblies sont volontiers assises, les genoux très remontés. Le ventre ballonné, livide, encore très sensible ; le bas ventre s’accommode du repos, de la nuit des draps.

… Mais bientôt sur pieds, tout ce grand corps évolue à l’étroit parmi le pavois utile à toutes hauteurs des carrés blancs du linge, que parfois de sa main libre il saisit, froisse, tâte avec sagacité, pour les retendre ou les plier ensuite selon les résultats de cet examen. Francis Ponge, “La jeune mère” in Le parti pris des choses

Au bout du petit matin je dirai. Une chose cependant : je L’ai vue. Aux portes du Grand Action, toute de noir vêtue, la poitrine aussi absente que le visage, le décolleté comme deux triangles s’abouchant et la sombreur lisse des cheveux tutoyant le sublime : Linda Lê.

En y repensant, je n’en suis plus si sûr. Qu’importe : ce visage de jais aura gravé au dedans de moi son paraphe cendreux. C’était elle. Dans le cas contraire, mon plus grand bonheur aura été de m’être trompé.





Panthera pardus

14 09 2008

Casanova – Ne me parlez pas. (Toujours doucement.) Ne rompez pas l’enchantement, hochez la tête pour me répondre. Je fabriquerai des coupes de toiles d’araignées pour votre pubis et votre étoile et des lys de fer pour vos lèvres entrouvertes. Fernando Arrabal in Le Grand Cérémonial

Casanova – Quelle jolie langue ! Langue murmure, langue comme l’épée, langue primevère, langue de ciel lisse disposée à l’abandon et au viol. id.

Il n’y a pas si longtemps. Grand Action. La Féline. Cat People. 1943. Jacques Tourneur. An RKO Radio Picture. Phrase sublime et (donc ?) apocryphe de l’un des personnages – le docteur et psychiatre Louis Judd – en épigraphe et extraite de sa non-moins-fausse Anatomie de l’Atavisme : ” De même que le brouillard persiste dans les vallées, de même le péché ancien persiste dans les profondeurs, les dépressions de la conscience du monde.” Dépressions de la conscience du monde. Tout est là. Publicité pour Coca-Cola. Zoo. Cage. Sketchpad. Panthère transpercée. Mrs Doubrovna – Simone Simon - actrice française morte très vieille jouant une Serbe – ressemble à Karin Viard – a deux visages : celui équarri par les ombres et l’autre enmédaillonné de noir et de blanc – nous parle de son pays – des Mameluks – de la statue du roi Jean transperçant une femme-panthère – faux aussi ? – caterwauling – “Why is he parting this cat ?” – cordes – petit chat dans une boîte percée – rocking-chair – Breakfast at Tiffany’s - suggérer la monstruosité – tout le contraire d’Arrabal qui la porte aux nues – cependant chez tous deux cette difformité est effrayante car elle phagocyte tout espoir de salut – “Isn’t he a ducky littl angel ?” dit la gérante de l’animalerie en parlant d’un canari appelé à mourir dix minutes après nous avoir été présenté – “Comitadji means thief” – ” Moia sestra – My sister” – votre serviteur tient à préciser qu’il ne goûte que peu le serbe – les félines descendantes des sorcières maudites par le Roi Jean – ces femmes-panthères damnées – ces sorcières de Michelet – devisant avec les ormes – et vues folles – la chatte sur le pavé neigeux – pleurs de la panthère comme une lente agonie – une sirène gutturale à l’ambitus réduit à la lancinance – “Read The Revelation : And the beast I saw was like a leopard” – “au zoo, les gens heureux vont voir le singes ou les oiseaux – les autres la panthère” – canari jeté par elle tué par elle dans les griffes de la panthère – ressemble à La Sirène du Mississipi – “If you’re determined to mourn that bird, we’ll consider to have a regular wake” – “He died of fright” – Cat woman – épée mithridatisante – arabesques félines – la clef comme une dague – une cane-épée – a sword-cane – Barbe-Bleue – “why don’t they like my chicken tumble ?” – mon chat s’appelle Jean-Paul -  “You’re cold ? – A cat’s just walked over my grave !” – bruits de pas seuls froissent les branches – moutons éventrés – ombre de la panthère imprimée sur le mur – ses feulements – comme dans la piscine – les miroitements iridescents de la piscine – le chlore infatigable – et les feulements terribles – Jacques Tourneur a inventé l’effet-bus – cela est : un bus arrivant comme le Messie pour délivrer le pas pressé de la proie – l’art de l’acmé à rebours – Hannibal Lecter – panthère dans la bergerie – mue – féline fourrure – lève les yeux vers sa soeur pour ne plus les baisser – statue d’Anubis près d’une main-courante – la clef épée du roi-Saint-Jean – image seule  – raucité du souffle – grondement sourd – lumière flottante  – “Gee, honey ! Your robe’s torn into ribbons !” – Mrs Reed – la mort feule – la psychiatrie comme un garde-fou irritant – rationalisant – “Do you think I’m afraid of so charming a lady ?” – you are at the verge of madness – sofa lacéré par une main-griffe – équerres et tés employés en guise de crucifix – c’est le démon qui parle par la bouche d’Irena Doubrovna – Dr. Judd à terre – panthère déjetée – l’épée entée à l’épaule comme un vampire le pieu au coeur – image sublime de la fin : une femme-panthère sous son manteau de fourrure – John Donne et son cinquième Sonnet Sacré en épilogue :

I am a little world made cunningly

Of elements and an angelic sprite,

But black sin hath betray’d to endless night

My world’s both parts, and oh both parts must die.

Ai vu en passant devant un kiosque “Le joli petit monde d’Amélie Nothomb” en couverture de Madame Figaro – cette corde m’effraie – et ces pommettes – que sont nos amours devenues – ai envie d’aller voir De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites – en anglais, c’est plus beau encore : The Effet of gamma rays on Man-in-the-Moon Marigolds – le film de Paul Newman donné en ce moment à la Filmothèque – mercredi prochain débute la rétrospective cinéma des années 70 – devais parler du Portrait de Dorian Gray donné au Grand Action – n’y suis pas allé – la faute à G.

Ce jour : marathon enténébré – Tirez sur le pianisteRedux de Wong Kar-Wai et peut-être Freaks ce soir – une vieille dame se faisait réanimer par des pompiers à côté de la fontaine de la rue Censier – Frou-Frou et flonflons, je vous donne à l’oubli.