Entre l’ascète et l’homme ordinaire, je ne connais pas, pour ce qui touche à la dignité de l’âme, de pratique intermédiaire ou de moyen terme. Si on utilise, qu’on utilise; si on renonce, qu’on renonce. Qu’on utilise avec toute la brutalité de l’utilisateur; qu’on renonce avec tout l’absolu du renoncement. Qu’on renonce sans larmes, sans consolations intérieures; qu’on soit maître, à tout le moins, de la force de son renoncement. Qu’on se méprise, soit, mais avec dignité. Fernando Pessoa in L’éducation du stoïcien
Si un homme est lâche, il peut soit ne rien dire – ce qui est encore le mieux – soit déclarer “Je suis un lâche”, en usant du mot juste et brutal. Dans un cas, cet homme a l’avantage de la dignité, dans l’autre, celui de la sincérité; dans les deux cas, il échappera au comique; soit il n’a rien dit et il n’y a donc rien dont on puisse rire; soit il n’y a rien qu’on puisse découvrir, puisqu’il l’a révélé lui-même. ibid.
UGC Gobelins. 22:24. Parlez-moi de la pluie. En sors tout tripé*. Douche diluvienne douce-amère. Les fêlures s’entrechoquent et les voix se nouent. Quelques arias expulsés de la ténèbre. Nina Simone en chef de chœur. Et son sourire. Non, cela ne change pas des préoccupations des auteurs mais au fond, peu me chaut.
Plus prosaïquement, c’est hier que ma catabase a pris fin. Explosée ma géhenne, égosillées les martres stériles qui m’obombraient. Nuit faste que viennent déchirer mes cassandres obscures, je te convoque. Chiens cendreux de la haine ordinaire, aboyez ma rage. Mordicus. Beugle encor. Hier soir – je raconterai quelque jour les déboires futiles qui occupèrent mes derniers jours de servage – je rentrais comme à l’accoutumée les palettes débordant de livres dans le magasin en ayant soin de laisser un passage vers les lumières pour un homme les éteindre une fois ma tâche accomplie. Le Commandeur lorgnait d’un œil torve les pas agiles et rythmés que nous faisait faire – aux autres galériens et à moi – le trio de jazz pour un temps sis au 5 Place Saint-Michel. On eût dit la fin de Hollywood Ending ou Everyone says I love you. Peu versé en turnaround ou en christophe, l’ostrogoth me soutint que les palettes étaient correctement disposées. Pourtant, lors que je remontais l’escalier pour lui remettre ma chaîne, grande fut ma surprise de le voir, aidé d’un traître, s’esbigner sur une pauvre palette. Ladite se trouvait à son goût trop près du mur. Je passais, lui itou. Que ne m’avait-il précisé que les équarrisseurs de lumières étaient obèses ? J’aurais volontiers retiré la mau-dite palette. Son souffle seul ponctuait quelques “passera pas” ou “c’est pas vrai !” Poussant le vice à ne jamais me regarder – jamais non plus il ne me salua ou ne s’adressa de vive voix à votre serviteur – il continuait de maltraiter la pauvrette. Et là, tel un Janus bifrons, il se tourna vers moi, et expectora : “Bon, rendez-moi votre machin là (mon badge, NDLR) et partez !” Et je le fis.
Par tous mes pores, F.B., je t’exsude. La parturition fut lente mais notre œuvre mêlée est sublime : tu as fait naître en moi le mépris. Adoncques adieu. En suis hors.








Miettes d'encre