Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

11 11 2008

Ce matin, après une nuit suant les poisons, je vis Je. Lui avais ramené d’Amsterdam un présent que je lui voulais remettre incessamment. Nous nous croisâmes au croisement de la Rue de la Montagne Sainte-Geneviève et de la Rue des Écoles. Pris un thé au Petit Café, sis au pied de Saint-Étienne-du-Mont. Elle m’a offert le titre de ce billet. Un court texte désespéré, trop lucide, zébré d’évidences et de mélancolie. Me rappelle l’image de la carcasse dans Pas à pas jusqu’au dernier de Louis-René des Forêts. Cette volonté de continuer son corps, scriptible, mais peinant à dire. Sa vision de la consolation comme une proie fugace et de tout homme comme un lézard me confondent. Le presque-commencement ci-après. Je m’aperçois cependant que je cherche Stig Dagerman et son œuvre sur le Net, on peut aussi tomber sur le texte in extenso, ici. En prime, sur le même site, cet article de Philippe Savary publié dans Le Matricule des Anges n°19 de mars-avril 1997 et intitulé “Stig Dagerman ou l’innocence préservée.”

[...] Le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.
Qu’ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Nous avons marché jusques au Louvre en passant par la Rue de Seine. Certaines galeries sont très belles. Les chats persans y côtoient des tapis à l’épithète commun. Des statues comme des Niki de Saint-Phalle. La laisse devant la Comédie-Française. Elle a rendez-vous Place de la Madeleine (pense à Doubrovsky et son essai sur “Ecriture et fantasme chez Proust”, à chaque fois) pour aller voir l’exposition sur J. Pollock et le chamanisme. Parlons de Saint-Petersbourg, de la Scandinavie, de ses cours de russe et de ses cours du soir aux Beaux-Arts. Eta kniga. Eta Stool. Eta stol. Eta bus. Mais non. L’après-midi, dans le 67, après le BHV, qui me menait avenue Trudaine pour un cours, des fous se hèlent. Une vieille comme Tatie Danielle et sa suivante de petite-fille à moustache, à la langue aussi mouillée d’acide que les lèvres carmin de son aïeule. Elles vitupèrent, vocifèrent. Coupant. Un vieillard fait son apparition. Gag à répétition. Je suis gêné. Middlesex refuse d’être lu. Je ferme le livre, les écoute sans les regarder. Peur de Méduse. Elles sortent.

En avance, m’arrête devant L’Atelier IX où travaille Je. Fermé. Vitrine intéressante, surtout les petits volumes. Je dirai quelque jour les livres entr’aperçus. Aimerais les lire auparavant. En retiens Moomin et la comète de Tove Jansson, feu une dessinatrice finlandaise, qui par ailleurs, ressemblait grandement à son personnage. Assurément une koudette. Je connaissais et admirais le manga quand j’étais petit sur l’île. Puis, lors d’une soirée chez ma professeur de lettres en hypokhâgne, je vis dans ses toilettes, les aventures des Moumines en B.D., et je sus que j’étais au paradis. Etrange du reste : les volumes datent de 1953 mais ne sont publiés qu’à présent. Moomin et la Comète paraîtra le 21 novembre aux Editions du Lézard Noir dans la collection “Le Petit Lézard”. On dirait qu’il y a même un village de Moumines en Finlande. Le site officiel. N’importe. Je ne sais pourquoi mais ce soir, j’aimerais revoir le monstre, le ou la ? Groke, vivant dans la terre et se modelant à l’envi d’arbres et de rochers. Ses “mains” comme celles d’un Crésus nordique aux accents de Reine des Neiges. Son souffle froid et silencieux me fascinaient, enfant. On eût dit l’anéantissement sans douleur de toute la chaleur du monde. Sa démarche lente, sûre. L’évolution de son dessin est aussi très intéressante, ainsi et puis.

Théâtre. Ils partent pour ne plus revenir. Pense à Dagerman. Groke, c’est un peu lui. Il doit avoir raison. Dont acte.





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