La fille du RER

28 03 2009

Hier. Gobelins. 15h10. André Téchiné. Emilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc. Ce jour. Téoz. Direction Never(s). D’un train l’autre. La fille ne sait pas pourquoi elle a fait ça. Jeanne a menti et Téchiné a bâti son histoire en deux temps – Les Circonstances/Les Conséquences – sur cette fable prime. Le RER sature la moelle de l’image, la corrode. Toujours cette carcasse bringuebalante en hors-champ. J. m’accompagnait. Lui non plus ne fut pas touché. « Une belle lumière » dit-il. Oui, la lumière d’été est aussi belle dans le RER E à Roissy-Bois-Perrier que dans la dispendieuse maison de campagne de l’avocat. Les acteurs aussi ont une belle lumière : Deneuve en est presque touchante en veuve digne d’un officier mort en mission, qui garde des enfants dans son pavillon de banlieue. « J’habite en banlieue, je t’expliquerai ». Étrange : y a-t-il à se justifier d’y vivre ? Mais non, ça ne passe pas. Le papier peint est trop fleuri. Il y a une trop forte dichotomie entre l’hôtel particulier ultramoderne de l’avocat-Michel Blanc et la maison avec piscine de Deneuve. La plus belle image sans doute, après cette jeune femme en roller qui sort du tunnel pour entrevoir l’île Saint-Louis exsudante, c’est encore cette maison près du lac, ce pont brisé sur le lac, aux adultes interdits, cet enfant et Jeanne, dans une cabane attendant la fin de l’orage. Un côté Grand Meaulnes à tout le moins. Là encore, deux passages : lui, sa Bar Mitzvah, elle, l’aveu. C’est cette invention de l’un par l’autre qui « transcende » le film. On en sort dérangé, dérangé étrangement par ce mensonge qui n’aura servi à rien. La même dichotomie s’empare du spectateur : suis-je touché par la détresse de cette jeune femme en confondant absolument son besoin de mentir à son envie de (se) fuir sa vie ou alors mon sentiment peut-il se mesurer à l’aune du potentiel lacrymal d’un Ça se discute ? Dois-je m’empresser d’en rire de peur d’en pleurer ? En faisant la bête, elle aura tutoyé l’ange. Une musique douce-amère, ignorante. Une machine infernale. Une banalité affligeante qui prend le monde pour oreille. Comme pour Les Témoins, A.T. rédige une dissertation. Action-réaction. Causes-conséquences. Cependant, là où c’était Emmanuelle Béart qui apposait sa voix rapide, comme éreintée de dire, à l’image, ici, la voix off est le soleil. Un soleil versicolore, omnipotent, affabulateur. Une réflexion en/ de l’abyme sur le pouvoir des fables. Un mentir-vrai qui se regarde.





En berne

15 03 2009

Avec son profil étroitement aquilin ourlé par on ne sait quel maître de cathédrale, ses yeux sourcilleux, sa dégaine de singe, il a l’air d’un vieux loup de banlieue, de Quasimodo, d’une Ford Mustang rapide et un peu déglinguée. Déglinguée aussi, chaotique dans l’air qui lui appartient, sa voix unique, qui se balance dangereusement mais retrouve toujours son équilibre. C’est un drôle d’homme, fêtard et un peu fou, dont le regard s’éclaire souvent tendrement. Sa musique est catégoriquement insaisissable et par conséquent inimitable. Imaginez la pauvre reine de Kékéland bourlinguer dans ce chaos, sans répétition, avec ce baltringue qui crie de plaisir entre les prises, qui fait attendre un taxi pendant quatre heures et demie pour un simple anniversaire alors qu’il habite au bout de la rue, qui enlève sans façons la meilleure amie de la soirée à la finale, après avoir vidé tout le champagne, et qui après la séance et son euphorie de cyclothymique, ne donne plus jamais de nouvelles. Il paraît qu’il est devenu Bibendum. Tant pis pour lui. Brigitte Fontaine, “Alain Bashung” in Galerie d’art à Kékéland, Flammarion, 2002. p.63





Dura lex sed lex !

14 03 2009

Depuis le début, il n’y a personne pour lui dire que ça pue, soustend affleure et crève par os brisés la surface de peau rêche parchemin, et par vaux dont celui-ci est le plus perdu, la mort. Tout ce qu’il a : ouvert la porte, posé ses deux sacs kaki devant la cheminée ou sur la table, ouvert les volets. La lumière s’est précipitée pour occuper son regard, en fines particules, poudroiement, il n’aurait pour recul que la longueur de la pièce, ou serrer les prunelles entre les paupières, pour reprendre l’image dissoute dans son propre grain, le paysage. Didier Pemerle, Il tombe, incipit, Hachette, 1979.

Qu’un grand amour te : bandelettes. , id., p.13.

J’aurais dû aller à un cours alternatif rue des Petits-Champs, après l’exposition Controverses (n’ayez crainte, j’irai) à la BNF, sise en la même rue. Le dit cours était, selon le site qui référence les cours alternatifs à Paris III, une “causerie publique prolongeant le questionnement de la valeur historique de la prise de vues, soulevé par l’excellente exposition de photographies Controverses.” M’y suis rendu, tout tergiversant. J’avais peur du “cours alternatif”. Au final, J., son message salvateur m’annonçant un procès fictif sur la Place de la Sorbonne.

Il m’apporte Il tombe de Didier Pemerle. En épigraphe. Je dirai. Merci J. D’ailleurs, pas une page digne de ce nom concernant Pemerle sur Google, aussi bien en tant que traducteur qu’écrivain.

De revenir de la Rue Thérèse au Reflet,  à la Sorbonne, les bassins en eau, et le procès-défouloir des “traîtres au savoir et à l’esprit critique”. Empruntant au Tribunal des Flagrants Délires, des professeurs de Paris I encapuchonnés ont patiemment démantelé le discours interlope des accusés : Nicolas S., Xavier D. et la non moins mystérieuse Valérie P. – grâces soient rendues au drag queen mémorable dont l’écharpe nonchalamment posée sur un tailleur trop étroit a pour jamais engeôlé ma libido. Un regret : pas de rallonge pour brancher les micros – certains réquisitoires étaient difficiles à suivre. Passons. Darcos ressemblait à Dati enceinte et poivre-et-sel. Pécresse, quant à elle, répondait à toutes les chefs d’accusation en chantant (certain coffre et coffre certain pour couvrir les “Pécresse-traîtresse ! A la fosse Darcos ! Sarkozy, il est petit !” de l’assemblée) : Les Demoiselles de Rochefort vibrent encore. La capeline du parquet ajoutait au solennel. Je pense les raisons du procès connues. Adonc, les chefs et la sentence : attendu que. Coupables d’assassinat sur une vieille dame, complot, parjure, outrage, et sq., les trois comparses ont écopé de peines adéquates : Pécresse fut poignardée par le bourreau en cycliste (qui lui avait délicatement retiré sa veste et son écharpe), Darcos fut flagellé et hué. Quant à Sarkozy, – le Suprême Instigateur, dont le côté Guignols de l’Info est renforcé par les mouvements d’épaules de la comédienne – il fut condamné non seulement à voir ses deux Rolex et ses Ray-Ban passer à la question mais aussi, après avoir été fouetté par des aboyeurs munis de pompons, à la réclusion perpétuelle, dans les cachots de la Sorbonne, avec la Princesse de Clèves – incarnée pour l’occasion par une étudiante – qui lui lirait La Princesse de Clèves jusques à la fin de fins.

Salves. Mains jointes. Mécanique du contentement. Danse macabre. Conjoyons tous ! Impression douce-amère : oui, c’était juste, bien senti, mais reprendre les blagues éculées de la règle de trois, de Carlita ou des montres dispendieuses, est-ce si drôle ? De Desproges, pas, encore que le parquet. Décidément, les cours alternatifs, non. Tout comme les actions des pleureuses ou de qui vend son savoir et son temps de cerveau disponible sur les marchés de Monge et Mouffetard.

Pour citer Alice, WTF ?!

SDDS.