En berne

15 03 2009

Avec son profil étroitement aquilin ourlé par on ne sait quel maître de cathédrale, ses yeux sourcilleux, sa dégaine de singe, il a l’air d’un vieux loup de banlieue, de Quasimodo, d’une Ford Mustang rapide et un peu déglinguée. Déglinguée aussi, chaotique dans l’air qui lui appartient, sa voix unique, qui se balance dangereusement mais retrouve toujours son équilibre. C’est un drôle d’homme, fêtard et un peu fou, dont le regard s’éclaire souvent tendrement. Sa musique est catégoriquement insaisissable et par conséquent inimitable. Imaginez la pauvre reine de Kékéland bourlinguer dans ce chaos, sans répétition, avec ce baltringue qui crie de plaisir entre les prises, qui fait attendre un taxi pendant quatre heures et demie pour un simple anniversaire alors qu’il habite au bout de la rue, qui enlève sans façons la meilleure amie de la soirée à la finale, après avoir vidé tout le champagne, et qui après la séance et son euphorie de cyclothymique, ne donne plus jamais de nouvelles. Il paraît qu’il est devenu Bibendum. Tant pis pour lui. Brigitte Fontaine, “Alain Bashung” in Galerie d’art à Kékéland, Flammarion, 2002. p.63


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