“L’homme qui est amoureux trouve un coquillage sur le rivage. Lorsqu’il le porte à son oreille, il n’entend ni la mer, ni le vent ni les anges, mais sa propre voix est en train de chanter : Je t’aime. Il n’a jamais rien entendu d’aussi beau.
Sur un autre rivage, tous les hommes sont endormis. Quelqu’un marche lentement le long de la mer, les porte l’un après l’autre à son oreille, écoute. Dans certains de ces coquillages humains il entend des chiens aboyer, dans d’autres des tigres rugir dans le lointain ou bien des marteaux résonner, dans d’autres encore gronder le vacarme des machines. Mais dans l’un d’entre eux il entend l’écho d’un poisson. C’est le bruit que fait l’homme qui est amoureux lorsque quelqu’un le porte à son oreille.
Si les planètes pouvaient aimer, elles quitteraient leur orbite et causeraient le chaos. Le salut du monde n’est dû qu’au fait que l’amour est impossible. L’homme qui est amoureux devine, lui aussi, que l’amour est le jumeau de la mort. Mais cela ne l’empêche pas, lui qui est captif de son destin, de pénétrer de force dans la cellule de son voisin en criant de joie : Je suis libre !”
Stig Dagerman, L’homme qui est amoureux, publié de façon posthume en 1955








Miettes d'encre