Giron

28 09 2008

En est-il donc deux dans Grenade/Qui pleurent sur ton seul péché/Ici l’on jette la grenade/Qui se change en un œuf coché//Puisqu’il en naît des coqs Infante/Entends-les chanter leurs dédains/Et que la grenade est touchante/Dans nos effroyables jardins - Guillaume Apollinaire, “Les Grenadines repentantes”, in Calligrammes

Fou tout ce qu’en un peu plus de vingt-quatres l’on peut faire à Nevers : accuser des décès, s’amuser avec de l’eau chaude et de la vapeur – s’enivrer seul devant un concert de jazz diffusé sur Arte avec Manu Katché à la batterie – sa Zidjian étourdissante – tandis que j’agonise derrière un mouchoir en papier, voir Balasko chez F.O.G. avec Nathalie Baye parler des femmes qui vont en Afrique se payer des minets ou de l’expo Koons à Versailles – oui Josiane a acheté un Koons à mille balles il y a longtemps – et constater le don d’ubiquité de cette femme qui peut à la fois parler avec Morano chez F.O.G. et dire qu’elle n’aime pas être “le bouffon du roi” chez Ruquier – partant, ai-je aussi ce don ? – considérer mon attribution de bourse – lire Plus loin mais où de Béatrix Beck que C. a pris à la bibliothèque pour des raisons trop obscures pour être dévoilées ici – et Syngué Sabour de Atiq Rahimi – j’ai oublié comment l’on faisait pour mettre un lien vers des articles d’autres blogs sinon je l’aurais fait mais référez-vous à celui de Parapluie – imaginez son nom surligné de bleu – l’illusion est parfaite presque inquiétante – apprendre par K. que Patti Smith chantera pour la Nuit Blanche à l’Eglise Saint-Germain avec ses enfants des textes de Saint-François d’Assise et ce jusqu’à l’abdication de la nuit – lire la naissance d’un souffle – regarder des tableaux de Miro – pauvre accent – et de Bacon – se promener avec C. jusques à la gare et au Tandem sur la Place Guy Coquille alentir nos pas venteux sur le Pont de Loire – manger un rougail en gardant pensée et oeil rivés sur une koudette alitée – se lever à deux heures du matin pour trouver un plaid très chaud dans une armoire bancale – voir revenir mon frère d’une soirée passée dans un château de La Charité-sur-Loire appartenant au père d’un de ses amis – ils étaient cinq – le dit père étant semble-t-il Prix Nobel – salons à thème -soixante chambres – précepteur – tentative de sociabilisation au collège à Nevers – tout y était – fumer dans un bain que l’on croirait brûlant tant les dunes de peau se rétractent – manger des bouchons – et trois chansons passées par mon frère aussi fort que faire se pouvait : Mad World de Gary Jules qui fait partie de la B.O. de Donnie Darko – non ce n’est pas Michael Andrews au dire de mon précité – Handlebars de Flobots et de l’électro indienne, Shantel - le train de 20:56 en partance pour Paris – la nuit est en gésine le crépuscule a des airs de mort-né. ll me faut partir  et mon mal est délicieux.





Tentative d’épuisement d’un lieu nivernais

9 08 2008

Aurais-je su alors que les sons ensorcelants de ce violon (que j’imaginais être le violon de Crémone, ramené à la vie par un ancêtre de Heifetz) étaient l’écho d’une atroce souffrance, que j’aurais refusé de croire la vérité. Tout dans cette ville devait être magique, le sang s’y transmuer en or, la mort en art de la fugue. Linda Lê in Personne (éd. Christian Bourgeois, p.25).

Passée la méridienne. L’impasse de la Bagatelle, encerclée par les trains et les ânes, obombre la volonté. La mue en oisiveté du plus mauvais aloi. Le porte-partitions ressemble à des essuie-glaces que l’on aurait harnachés au piano. Et la cravate du père, dans son cadre rouge, n’est plus qu’une virgule sur une page trop rêche. Rhapsodie silencieuse des moineaux qui s’égaillent devant les coups sourds d’un marteau avoisinant. Les bouleaux en vis-à-vis ne s’en formaliseront pas.

Ce jour d’hui, un billet ténu pour partager quelques bonheurs de lecture : The Dead of Jericho (quartier résidentiel sis à l’ouest de Weston Street sur les rives du canal d’Oxford – et pas autre chose) de Colin Dexter (d’aucuns visionnent-ils les épisodes de l’Inspecteur Morse sur la TNT ?). Je n’en dis encore rien. Mais la première moitié de ce roman est jubilatoire. D’un épigraphe concernant les propositions conditionnelles latines, il parvient à écrire un chapitre haletant et lumineux. A terminer. L’autre, c’est personne de Linda Lê. Nancy Huston la compte d’ores et déjà au rang de “professeur de désespoir”. Qu’ajouter ? Je l’ai emprunté à la bibliothèque à cause de sa couverture – oui, c’est mal mais Judith et la tête d’Holopherne par Cranah l’Ancien possède la force d’un argument imparable. J’avais déjà lu avec une joie sans mélange quelques uns de ses précédents romans, Les aubes, Voix ou encore Les Trois Parques. Mais là, c’est une trémulation peu commune à laquelle on doit faire face. L’écriture est sédimentée. Trois voix se croisent, quatre enquêtes se superposent. Personne est le personnage principal. Il découvre sur un ordinateur par lui subtilisé dans une décharge, les écrits lapidaires et lacunaires d’une jeune femme. Peut-être l’a-t-il inventée (qu’importe au fond). Il la nommera Tima. Et c’est là que débutent les rixes – entre l’auteur et Personne, entre Tima et Prague, voire entre Personne et son statut même de personnage. Linda Lê évoque au tiers du livre le magnétisme rémanent de l’un de ses doubles. Elle n’aurait pu trouver meilleur état-civil.

D’un bonheur l’autre, C. a fini de lire Dommage que ce soit une putain. Il me reste à terminer Cherokee de Jean Echenoz et La vieille dame qui marchait dans la mer – film étrange de Laurent Heynemann se fondant sur une histoire de San-Antonio (sic et las !), dans lequel Jeanne Moreau – Lady M. – avant de frapper les trois coups dans le lagon guadeloupéen pour faire venir son gigolo, s’adresse à Lui en ces termes : “Seigneur, Vous ne vous lassez donc pas de moi ? Pécheresse au cul cent mille fois déshonoré ! Ô mon Dieu ! Ne permettez jamais que je renonce. Faites que subsistent toujours cette louche faim d’amour, cet émoi qui me préserve de la mort, cette attente infernale qui accélère les battements de mon cœur, cette pitoyable fringale de chair fraîche. Je suis une vieille salope, Dieu d’infinie bonté.”

Amen.





Le ludion

8 08 2008

Je ne suis plus mon maître tellement j’éprouve ma liberté. Il est inutile de rien entreprendre… Je suis le ludion de mes sens et du hasard… Tout me distrait indéfiniment, sauf de ma distraction même. Un sentiment comme de noblesse me pousse à préférer cet abandon à tout… Louis Aragon in Le paysan de Paris

Ce matin, à l’orée de mon songe, des chemins de traverse. Une route de campagne, emberryficotée, et le prétexte de ce blog sourd, ardent, simple, dans la pleine évidence de son propos. Les mots attendaient l’encre. Il aura suffi d’une heure. De mains qui réclamaient alcôve. De cornes tourbillonnantes à moi destinées. D’un arbre de Judée indifférent aux avanies de l’orage. Ce matin, le désir comme une retenue collinaire. Le frottement en ex-voto. Les caprices venteux d’un entrebâillement et les râles métronomiques de ceux qui s’y cèlent. Aujourd’hui, il pleuvra sur Nevers.

Dont acte.








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