De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages

28 08 2008

De Matthias Debureaux qui – cela nous est précisé sur la quatrième de couv’ – voyage (j’italicise) pour Citizen K et Les Echos. Enrobage : le manuel du parfait exploraseur. Ou comment conter fariboles et coquecigrues à propos des voyages que l’on aura entrepris à des auditoires médusés par l’ennui. “Clamez votre soif de l’autre.” “Sélectionnez un moment de grâce par pays.” On dirait “Parlez de vos vacances pourries, pour les nuls.”Certains paragraphes sont drôles, d’autres, sous couvert d’un cynisme de bon aloi, ressassent les lieux communs dont on sait qu’ils amuseront la classe visée. Car oui, point d’universel. Ici, l’on vise ! – et c’est normal qu’on le fasse puisque le livre se veut compilateur de bons conseils farfelus et, par là, fédérateur d’un humour partagé par une certaine catégorie de personnes – le trentenaire à monter. Parisien de préférence. Je m’inscris en faux. Impressions fugaces de private joke. Qu’importe. “Tout l’art de réveiller les morts en endormant les vivants.” Regard désabusé. Propos à l’avenant. S’attacher au comment et non au pourquoi. En vogue. Un extrait au hasard : “Placez finalement la marche au-dessus de tout pour appréhender le chant du monde. Elle est reine pour récolter la moisson des sourires qui tuent et sentir battre le cœur du pays. Le plaisir et l’agrément sont pour le touriste. Jouez à armes égales avec la nature et regardez le monde droit dans les yeux. D’homme à homme. A la loyale. Votre goulag en bandoulière, votre bagne en sautoir. Faites partager les tendinites, les ampoules, les irritations aux cuisses, les abcès aux doigts et aux orteils (autrefois surnommés “maux d’aventure”), les allergies aux textiles, le montant des kilos perdus, le scorpion dans la chaussure au petit matin et surtout l’orgueil d’avoir été seul dans un rayon de trois cents kilomètres.” Les remerciements pleuvent à l’endroit de ceux qui ont raconté leurs voyages : Emmanuelle Béart, Bernard Giraudeau, Hulot, Bohringer, Antoine, Loïc et Stéphane Peyron, Géo, le Zango Bar et j’en passe. Ce patchwork bobo-écolo-proche-du-monde peut laisser sceptique. Surtout quand on voit Emmanuelle B. partir en terre inconnue avec Frédéric Lopez pour un rendez-vous que les autochtones n’ont pas forcément souhaité. Le tout reste divertissant. Si tant est que.

6€ aux éditions Cavatines.

Vais le rendre à Gibert.





Tandis que j’agonise

26 08 2008

Je n’aime pas beaucoup la cervelle en été salissant les pare-brise. Je n’aime pas les nouveaux-nés trop entêtés à garder les yeux clos. Il faut les leur ouvrir de force à coups d’rasoir. Je ne supporte pas les enterrés vivants. Je n’aime pas les bonzes qui s’envoient en l’air alors qu’il y a des millions d’voitures sans carburant. Je suis in, inadaptée. Brigitte Fontaine extrait de “Je suis inadaptée” in B.F. est folle

Jour onzième. G.J. en force. En vrac car noté en missouk pour éviter les caméras de télévision venues filmer les mères faussement désespérées de dépenser et celles – les caméras et non les mères – des gens d’en haut – Big Brother’s still watching us ! Souffrez, lecteurs (les deux acceptions du verbe siéent ici), qu’avecques vous j’en devise.

Jeune fille à la caméra : “Oui, G.J., je trouve ça plus authentique, on a plus de choix, c’est comme avant” – remarquons que je ne commente jamais mais “comme avant” quoi ? – la même cinq minutes plus tard à son amie “on est trop des stars !” – F. enrayé de rouge et noir – vieille psychorigide à la distribution des tickets-restaurants – elle me fit entrer dans le saint des saints sans me demander le motif de ma visite et une fois dans son bureau, me dit que je n’avais pas le droit d’y entrer et que je devais attendre dans l’antichambre – visible à l’œil de tous car séparée par une porte quasiment inexistante puisque toujours ouverte et des vitres – n’importe – un homme est revenu qui s’est montré aussi questionneur que la fois dernière – poussant le vice à me demander une cisaille à papier – un homme avec une liste venant de l’ambassade du Mali à Moscou et ne cherchant que des livres de poche – un homme avec la même voix que M. G. – il me faut lui écrire d’ailleurs – un éphèbe danois ou amstellodamois passe en caisse – son étui à Ray-Ban est exactement le même que celui que je me suis fait voler à Madrid – étrange -la fille d’une dame chinoise se nomme Chiara – elle est belle -une dame veut une équerre à 90° – un zig porte une montre rien belle – un ruminant irascible veut des albums photos – une dame voudrait un protège-cahier écossais – à l’heure actuelle je ne sais toujours pas et ne trouve pas ce que cela peut être sur google – si d’aucuns savent je suis preneur – pour obvier à d’éventuelles réclamations du même acabit voire de la même dame -

Pas de Moleskine Tokyo pour une très belle jeune femme japonaise qui m’en demandait – mole skin – oui peau de taupe – est-il idiot ! – un homme me demandait d’où provenait ce mot – je n’ai su répondre – le mal est réparé – du moins en ce qui me concerne – une jeune femme dit à son amie que Kukuxumusu – c’est de stylos que nous parlons – est une marque basque très vendu en Espagne – j’aime ce nom – une dame de 84 ans se présente comme étant l’auteur de La soupe aux cailloux (mais quelle Soupe aux cailloux ?) qu’elle a écrit ? illustré ? (elle ne l’a pas précisé) sans être allée à l’école – elle a traversé tout Paris et me prend un globe à 60€ – me dit qu’il lui est plus simple de regarder sur une mappemonde où se situent les zones de conflit – la Chine pour elle en ce moment – une femme plus jeune veut aussi un globe et en prendra un à 26€ avec son emballage – pour ses enfants – j’ai trouvé ce moment très pathétique – tirer avantage de ça – c’est inqualifiable – et la plus jeune des deux de me dire sur la plus vieille qui repartait sa mappemonde sous le bras sans emballage “ça fait chic dans le métro de se trimballer avec sa mappemonde !” Pèss’ grann’ machoute ! – Sicli -Une nouvelle travaille avec nous pour une semaine – P. – très gentille – elle reprend la semaine prochaine son poste à la bourse aux livres en face – une jeune femme chinoise voulait deux boîtes de 3280 étiquettes – pour sa mère son bureau – je pense que sa génitrice faisait allusion au papier conçu pour imprimer soi-même ses étiquettes – mais refusant de se plier à ma remarque elle repartit comblée par 4 boîtes de 123 étiquettes – un éphèbe à mouche incitante sur la lèvre supérieure – évoquons Pocahontas toute la journée avec Pi. – aigle royal ou trône impérial il faut choisir – trouvons un agenda oublié – l’ouvrons évidemment – choses confidentielles que la morale réprouve déjà – mais aussi un article intitulé “Pourquoi c’est dur de rester mince” et au bas d’icelui, un commentaire de l’oublieux(se) “Et après on fait quoi ?”

Un jeune homme noir revient me reconnaît “C’est encore vous ?” – qui d’autre ? – Heal the world explose dans ses oreilles – n’ai pas pu prêter Adieu ma concubine à B. – demain – me suis trompé – ai trois et non quatre fermetures de prévu pour demain – parfois j’aimerais que les clients prissent des stylos simplement pour qu’ils tinssent parfaitement dans leurs bacs – maniaquerie obsessionnelle compulsive – moc-moi – un gars de mon ancien lycée ne me reconnaît pas me voussoie et me demande un trieur-classeur – une dame a des lunettes de hibou à l’envers – trouvé un livre abandonné – Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee – mon père l’a lu il y a longtemps ce me semble – bizarre – une dame noire s’en prend à nous car elle ne trouve pas un bloc de papier mais sous forme de classeur ?! – elle nous déclare irritée “je vais aller le chercher à la pharmacie” ?!! – F. me ramène un carnet rose – Danke – Bitte schön.

Ne comprends pas – d’aucuns pour se rendre sur ce blog ont écrit sur google “d’ores et déjà” et “salope”. Voies impénétrables, s’il en est. Buddha Bar et Blowin’ in the wind par Dylan en lecture aléatoire sur iTunes. Un coup de dés abolirait-il le hasard ? Vais réveiller C. La faim comme une massicoteuse.





A corps fendre

17 08 2008

I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked [...] who broke down crying in white gymnasiums naked and trembling before the machinery of other skeletons [...] who copulated ecstatic and insatiate with a bottle of beer a sweetheart a package of cigarettes a candle and fell off the bed, and continued along the floor and down the hall and ended fainting on the wall with a vision of ultimate cunt and come eluding the last gyzym of consciousness. Allen Ginsberg in Howl (Christian Bourgeois éd.)

Jour quatrième – samedi – trouvé sur une feuille servant à essayer les stylos la phrase suivante (signé J. ou J.) : “Il est des cas fortuits ou (sic) le plus explicite des êtres est soumis aux vissicitudes (sic bis) les plus alléatoires (sic ter).” – avais watermannisé pour ma part : “j’écris avec un stylo coûtant 64,79 €” – j’envraque : personne sans zizi – accent méridional : “vous avez les étiquettes qu’ong colle sur les valises ? Parcek celles-là, elles collent pas !” – Espagnols à qui j’indique un magasin autre pour trouver un cahier de coloriages me gratifient d’un “muy amable” – sentir la proximité du “good boy” – lis Howl – un homme ressemble au méchant dans Ken le Survivant – disent-ils – sacs M. T. – “et celui-là, y’a pas de réduc’ ?” (la mère du suivant), “Ouah, il est frais !” (le prépubère – engeance de la dernière à s’être exprimée – en parlant d’un cartable à roulettes) – Québécois : “auriez-vous-tu des ouvrages sur le plus célèbre des illustres inconnus ?” – yeux hagards de la foule en délire – “Marco Polo” – … – “il est cherpa en plus” – même garçon que ci-avant – livre Barbapapa égaré là par une main oisive – détails singuliers en son dedans – Barbapapa serait-il pédophile ? – glanés dans l’ouvrage : cinéma – film Le Collier de la Reine – le Café Dupont – le Café du Zoo – Barbapapa boit un apéritif mérité après avoir sauvé – en prenant la forme d’une échelle de pompier – les habitants d’un immeuble en feu – reçoit la Légion d’honneur (sick) – légende : il adore les enfants – se promener dans les jardins publics – deuxième de couverture – noms de ses complices : Barbabul (le scientifique) – Barbamama (sa compagne) – Barbidur (le bodybuilder) – Barbabelle (la péronnelle) – Barbotine (la rate) – Barbidou (simplet) – Barbouille (l’artiste-peintre) et enfin Barbalala (la chanteuse à la lyre) – acheté Marianne – article de René Rémond ayant pour titre Prose pour des essaims – penser à le lire – *

Pause - la première partie de cette épopée journalière ne sacrifiant à aucun déroulement chronologique – je prends des notes au fur et à mesure que les gens (me) parlent tout en veillant à ne pas effacer par un frottement des plus malvenus contre mon séant les reliefs de graphite ainsi façonnés) – j’évoquerai plus tard les événements antérieurs. Soit dit.