Virevoltes dominicales

17 09 2008

J’étais enceinte jusqu’aux dents de tous les mots de l’amour et je ne pouvais plus accoucher d’un seul. M.D. in Le Marin de Gibraltar

On supporte mal d’être le seul témoin de la trace de ses pas sur le sable du Sahara. Ce genre de traces-là est bien différent de celui qu’on aime en général laisser de son passage sur la terre, comme on dit. Mauvaise cachette que le désert, les Calabres, les forêts. M.D., ibid.

Dimanche enflammé.

Tirez sur le pianiste – Truffaut – Aznavour – horrible post-synchro – “vous êtes désirable, c’est pourquoi j’vous désire” – argot sature – “quatre frangibus” – dialogues enlevés – envolés – volés à l’habitude – rapt du mot – “faut pas avoir peur des femmes, elles sont pas empoisonnées” – “avanie et mamelle sont les framboises du destin” – Bobby Lapointe – jazz rythme – “arrange-toi que ça fasse d’la musique” – Léna est drôle comme Thérèse dans Jules et Jim - comme un train à vapeur – Art Tatum  est grand – Byrrrh – “Edouard Saroyan est devenu Charlie Koller” – “Merde ! J’ai peur !” – cambuse -”file-moi un goulet” – piano-casserole – “quand tu m’aimeras plus dis-le moi” – Fido le frère d’Edouard – plan-séquence du port du corps – la contrebasse comme un grand cercueil – “chapeau tropicalisé” – “c’est bath !” – “si les cons volaient, il serait chef d’escadrille” – “chaussures en cuir égyptien climatisé” – “les vieux sont pas à l’épreuve des balles !” – “c’est un briquet-musique” -

Les cendres du temps – Redux – WKW – 1994 – empire des sens – empirent ses sens – lente traversée du désir – printemps automne hiver et printemps – duel écumant entre un double et son reflet – cage à oiseaux – oiseleuse – hâtes alenties – accelerando lento - le violoncelle de Yo-Yo Ma comme une retenue collinaire – floraison de péchés – Fleur de pêcher - lames dents doigts sang – désert violine – stases enchaînées – astre orphelin – suppliciée – tortionnaire – tableaux chinois de ma tante et cette biche en fer forgé qui épousait le mur – que l’eau ensanglante – l’eau en miroir – chapeau chinois tressé par ma tante – le chameau blanc – almanach à la Murat : “Quarantième jour – automne – Soleil. Vent frais. Evitez de baptiser les bateaux” -  reptation lactescente – lèvres de Maggie Cheung – lyre-violoncelle – tunique de Marie-Madeleine – deux Tony Leung différents – inséparables – miroitant – oranges déserts et leur peau – grosse cage boisée – bélier – tisserand -  “vivre ivre et mourir en rêvant” – couleur de la Plaine des Sables – de Mars – eau (ôte) au portrait – l’eau partout – femme-arbre schizophrène – crevasses insondables où la main se perd – rappelle La Main - l’un des enfants de 2046 - opalescence – trouvé un résumé à même d’éclaircir une intrigue et des personnages diffus – sommes sortis de la projection épuisés mais ravis et ne comprenant presque rien – les acteurs nous semblaient mêmes – nous fûmes détrompés -

La Jetée ou l’off sublime – cristallin – parce qu’ – irrémédiable – un souvenir d’après-midi au Jardin des Plantes – soirée douce près de la fontaine : N., A., J’., C. et votre serviteur – parlons rejet – famille – film – architecture – livres – 20′ de bonheur – A. sa capuche – n’attendons et recevons tout -

Freaks ou la monstration – ou les jouets cassés et réparés de Toy Story – cuvée 1914 – infantilisation et mépris sont ici monozygotes – la vue d’Elle avant le film – et son regard – “Ne sait pas être regardée” -

Damien Hirst son crâne et les ultra-riches russes et chinois dans Le Courrier international -

Terminé Le Grand Cérémonial -

Le théâtre comme un twister qui déambule – patate et plume ballon percé – “Parfois j’ai le sentiment d’être le spectateur de ma propre existence” – par-delà le bien et le mal – le lisse cèle sa rugosité – cela je l’espère – que se désenclavent les volcans et que le magma coule – groupe – un parmi les autres – besoin de s’encadenasser – le vivre tout tant pis pour – même si -





Un libricide oxymore

9 09 2008

Bouche impalpable et vaporeux corps introuvable, esprit factieux c’est un cortège de chars de verre, c’est un manège d’embruns de fer. Les yeux plus longs qu’un jour sans pain, neige, elle fond, pas de destin, perverse et douce, en pure perte, c’est une mousse blafarde et verte. Grain vénitien jusqu’au téton, fille de rien, gracieux garçon. Ne mangeant rien que tubéreuse poudre et crachat, coquilles creuses, elle est sirène des quais de gares et son domaine est nulle part. Spectre splendide, sueur, cris, son sang si pâle et sans odeur coule et s’étale sur corps et cœurs. Un jour pourtant, elle mourra, un jour le vent l’emportera malgré les larmes, les manigances dont elle s’arme pour ses vacances. Brigitte Fontaine in La chanson de Simone – écrit à l’écoute.

C’était, dans l’obscurité, le bruit de la vie. Comme disent les Shuars : le jour, il y a l’homme et la forêt. La nuit, l’homme est forêt. Luis Sepulveda in Le vieux qui lisait des romans d’amour

Filmo. Croisé D. qui ressortait des Quatre Cents Coups. 21:40. Fahrenheit 451. Antennes de télévision en Technicolor. Julie Christie dédoublée. Me rappelle d’elle dans Le docteur Jivago – un jour, Lara – et Loin d’elle. Entre les deux, 451. Et mon cœur qui oscille. Firemen alignés. Brassards des pompiers. 451 partout. Don Quixote réduit en cendres. Pense aux Combustibles d’A.N. Sauf que la guerre et le froid ici ne sont même pas prétextes pour brûler les livres. Gants de Jules en pompier pyromane. Schizophrénie de celui que évoquait Shakespeare et Goethe. De mémoire : “Est-il vrai qu’il y a très longtemps, les pompiers éteignaient des incendies au lieu de brûler des livres ?” “Vous êtes fâché avec le mât ?” “Pourquoi lisent-ils, quelle perversion !” “Les livres se contredisent tous !” “Mes mémoires, Ma vie. L’auteur dans son premier roman a voulu jouer l’extériorité. Mais par la suite, il a voulu se démarquer des autres, se distinguer. Alors que l’égalité seule permet d’accéder au bonheur.” “La philosophie est histoire de mode : tout un siècle, ils mettent en avant le libre-arbitre, un siècle plus tard, c’est le déterminisme. C’est comme les jupes courtes.” “Le lundi, on brûle Miller, le mardi Tolstoï.” “Pourquoi est-ce défendu ? Parce que les livres font du mal.” Cousine Claudette, la cousine speakerine. “993 kilogrammes de livres ont été brûlés aujourd’hui.” Antisociaux lisent. Une femme au ralenti est soulevée par un judoka. Ippon. “Linda, vous êtes une femme absolument fantastique.” La télévision comme un mur psychédélique. Bande dessinée sans écrits. Tout comme le générique du début. Noms énoncés. Annoncés. Beauté des cadets. “Pour savoir trouver, il faut d’abord apprendre à cacher.” L’emblème des pompiers comme une salamandre à la queue incendiant sa gueule. Toujours les photographies sont détournées. Les photos d’identité sont de profil ou de dos. Seuls, les antisociaux sont de face. Sens dessus dessous. Le train est suspendu à ses rails. Tramway volant. Partout, le téléphone. L’écran de télévision comme lumière blanche. “Occupez-les à ne pas penser.” Montag. Bloc 813. “Ici la section des toxiques.” “Elle sera prête à bouffer le monde.” Grossièreté des infirmiers. Rapt de David Copperfield, lu en missouk. Rhinocéros. Dictionnaire. “Rhinocéra-”. “Je vais à la recherche du temps perdu.” Scène sublime : autodafé intime d’une vieille – antisociale – et de ses livres. Allumette craquée. Rire et sueur. Livres aperçus, essencés, brûlés : Dali, Othello, The Moor of Venice, Klossowski, Genet, The Thief’s Journal, Gaspard Hauser sauvé, plaidoirie subjugante, brûlés Mein Kampf, Les Cahiers du Cinéma. La vieille folle a compris l’antienne des Gens du Livre : le seul livre brûlable, c’est soi ! Les Hommes-Livres. Réminiscences de Jules et Jim quand, dans la cave, Clarisse et Montag brûlent les noms et adresses des antisociaux. Mensonges brûlés par Catherine. Montag obligé de procéder à son autodafé propre. Lundi brûlera bien Miller, Plexus arraché. Brûlés Les frères Karamazov, Lolita, La Peau de Chagrin – comme dans Les Quatre Cents Coups – la télévision et le lit. Cage à oiseaux. Circonspection de la voisine : “Ils sont venus et ils les ont emmenés. Il paraît qu’ils font ça, maintenant.” Cet oncle ressemble à un juste. Climat délétère des dénonciations des Juifs. L’eau du rêve traversée par la barque de fortune de Montag. Me fait penser à Bonnefoy ou Dead Man. Lande peuplée de livres vivants. “Venez voir votre capture.” “Je me présente : je suis La vie d’Henri Brulard par Stendhal.”"Je suis La Question Juive.” “Là, c’est Alice au Pays des Merveilles, je ne vois pas Alice à travers le miroir.” “Orgueil et Préjugés. Mon frère est le tome 1.” “C’est moi La République.” “Je m’appelle Chroniques Martiennes de Ray Bradbury.” “Je suis Le Prince de Machiavel. Comme quoi, il ne faut pas juger un livre à sa couverture.” “Voici En attendant Godot.” Montag aussi est un livre : Les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Moment magique où l’histoire se dit d’elle-même. Entre le jeune garçon et son vieil oncle dans Weir of Hermiston de R.L. Stevenson. Il mourut quand vint la neige. Si fait. “Un jour, je me réciterai pour vous.” Partout, des livres marchent et se disent. Dernier asile. Empire des signes. Monde d’avant-rive. Corps imprimés. Sang et encre ménechméens.

Ecoute Tumbleweed -amarante – chanté par Marie Laforêt et Funeral de Band of Horses et pense à C.





La vie mode d’emploi

27 08 2008

L’utopie amoureuse est un amas de ruines qui tend vers une forme provisoire. Prague était les coulisses d’une histoire où le temps aurait dû s’arrêter. Linda Lê in Personne

Filmo. 22:10. Domicile conjugal. Voisins fidèles et bruyants. Vieillard cacochyme et couple riant à tout va. “Non, pas mademoiselle. Madame !” Affiche de Nureyev. Claude jade. Et le petit Christophe. Striglia. “La fête des mères est une invention nazie.” “Les Japonais savent c’que c’est les fleurs.” Les fleurs devenues rouges. “Baudelaire aussi a commencé dans les fleurs !” “La Marseillaise va briser le violon de Christine.” L’inconnu. L’étrangleur. L’imitateur. L’année dernière à Marienbad. “Les couloirs, les dorures…” Léaud maniéré. Sourit l’enfance. Mais peut-on vraiment être et avoir été ? Cruel, soit. Le réparateur serait-il la voix de Bugs Bunny ? “Mettez-moi deux amendes, ça fera philippines.” Me rappelle qu’à la Réunion, on joue à philippines au moment de Noël. Des letchis siamois et le tour est joué. Chacun tire sur son letchi et le lendemain, le premier à avoir dit philippines remporte la partie. Le tout est de s’en rappeler. Evidemment. “I’smouche pas avec le pied.” Escalier de bibliothèque. “Né sous le signe du verseau. sous le signe du berceau.” Rue des Cases. “Tu me prêtes 3000 francs ?” Odéon 84-00. “Appelle l’hôpital Cochin, tu tomberas peut-être sur l’horloge parlante.” “Enerve-toi un peu, Marcel !” A ce moment-là, le vieillard rit de façon terrifiante. Il hoquette de plaisir. Rétro. Scope. “Vous préférez le lire au parler” avec l’accent américain. “Nous avons un bassin dans le pound.” Id. Maquette. Le projectionniste est allé aux toilettes quand Antoine Doinel en sortait. Un sourire pointait mais. “Tiens, prends le petit Balthus.” “Viens quand tu peux mais peux bientôt.” Allusions à Jules et Jim. “Call-gir bien excitée. Collation bien méritée.” Publicité envahissante. Dentifrice. Barbès. “Bébé Confort.” “Le petit chien. Continuez, continuez, continuez, continuez, ad lib.” “Tenez, c’est une réclame prénatale.” “Piqûre de loustic.” “Va-t’en !” “Guillain. Non, Alphonse !”Puzzle. “J’la baiserais mal mais j’la baiserais bien.” Blédine partagée. “Maintenant ils s’aiment vraiment.” Et le portrait de Jules en Mozart dans le salon.

Déçu. Moins bon. Fait penser à Perec mais sans.