¡ No pasará !

30 09 2008

Vincent. – (il parle des vêtements à enfiler au mort, NDK) Pour le père de Luce on peut faire la même chose avec les costumes. On va choisir le plus beau. Celui qui rappellera l’oiseau des mésaventures couvert de vagues et de sang. Un costume-pluie des cris de l’âme. Fernando Arrabal in Cérémonie pour un Noir assassiné

Vincent. – (Un temps) Il faut que je m’habille tout de suite. Aide-moi. Je veux ressembler au temps contre le temps, au canoë-kayak qui parcourt la poupée et au parfum enchanteur de la lumière électrique. ibid.

On me demande souvent ce qui a le plus d’influence sur moi, ce que j’admire le plus, et alors, oubliant Kafka et Lewis Carroll, le terrible paysage et le palais infini, oubliant Gracian et Dostoïevsy, les confins de l’univers et le songe maudit, je réponds que c’est un être dont je parviens seulement à me rappeler les mains contre mes pieds d’enfant : mon père. F. Arrabal in Viva la muerte, incipit intitulé « Fernando Arrabal Ruiz, mon père. »

Hier ai commencé à peu près à la même heure Viva la muerte du même Arrabal ou plutôt Baal Babylone – le narrateur et auteur – qui sera arrêté par la police espagnole en juillet 1967, peu après la rédaction de cet ouvrage – y évoque depuis un sanatorium sa mère – la même qui fait des réussites dans Le grand cérémonial – cette mère de droite, monarchiste, atrocement belle détestable et adulée et son père le rouge, le prisonnier, le fugitif, condamné à trente ans de réclusion et un jour et qu’il ne revit plus jamais après ses trois ans – il a vécu sa prime enfance à Melilla puis à trois ans, après l’arrestation de son père pour insubordination-rébellion-trahison des idéaux franquistes il s’installe avec sa soeur chez sa grand-mère à Villa Ramiro – sa mère travaille et vit en ville à Madrid – elle les visite régulièrement – adolescent, il ira vivre chez sa mère – le plus étrange réside dans la relation qu’il entretient avec sa tante, Clara, mystique et surtout masochiste – elle lui demande de la fouetter tandis qu’elle égrène son chapelet ou qu’elle est toute nue sous ses draps –  pp. 109-110 : En arrivant à la maison, elle a remotné mon pantalon et m’a enlevé le cilice. Il était si étroitement serré que lorsqu’elle me l’a ôté avec ses mains, la douleur est devenue plus forte et quelques gouttes de spermes ont jailli. Puis, à genoux, nous avons prié et tante Clara s’est couchée à plat ventre sur le lit et je l’ai frappée. Mais tu n’en as jamais rien su et je ne t’ai jamais rien dit. Le texte résonne comme une longue confidence à mots déçus. Fusillés. L’image de sa mère qui le reçoit à Madrid les persiennes et les stores baissés pour que personne ne les voient et qui continue de faire des réussites – cette image du Grand cérémonial – cette image revient sur plusieurs pages, en début des versets – oui l’on dirait des versets – marque Arrabal. Il la lancine, l’épuise, la cristallise, l’exorcise – pp. 93-94 : Quand on m’a donné quinze jours de vacances, je suis allé te voir un après-midi. Tu m’as reçu la fenêtre fermée et les persiennes baissées. Quand je suis parti, tu m’as embrassé à la porte dans l’bscurite pour ne pas user tant d’électricité. Les leçons de baise-main données par sa mère. Et lui ne les voulant pas faire. L’objurgation de « porter le robinet à gauche comme les hommes », de devenir pilote militaire. La mère se posant en martyre ayant tout sacrifié pour ses enfants, restée seule par amour d’eux et de la mémoire maculée de presque-feu son époux. Les tentatives d’incendie de l’école militaire, toutes infructueuses. Son grand-père valétudinaire – p.50 : Comme grand-père est mort le 15 novembre sous le manteau de la Vierge du Pilar, cette nuit- là, quand nous avons récité le chapelet autour du cadavre, il ne pétait plus. Les chapitres en écholalie comme les douves de l’antienne. Comme des mantras incoercibles. Ses seuls souvenirs d’avant Villa Ramiro : la pipe « Dr Plumb », quelques photos morcelées, découpées grossièrement, et les mains de son père l’entourant de sable sur la plage de Melilla.

C. enlève les ligatures du bonsaï. Le résultat n’est pas très concluant. L’édifice n’est pas aussi étagé qu’il devrait. Nous recommencerons l’année prochaine. On achètera du gros fil, une pince coupante et une pince plate. Enfin il n’est pas moche. Qu’on le délie !

Fernando Arrabal, Viva la muerte, éditions 10/18, initialement aux éditions Christian Bourgois, 1971. (Je lis sur Wiki que Baal Babylone est le roman publié en 1959 et que 1971 est l’année de sortie du film Viva la muerte, qui en est l’adaptation.)

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