B.Beckomania

9 11 2008

Grâces à C. Découverte illuminante, essentielle. Son feu nous endiapre. Son combat avec l’ange a l’allure d’un pugilat. Ses bras en orante, elle crie l’impossibilité de sa créance, de la préhension par elle du corps divin. Sa conversion. De relapse elle devient fervente. De mécréante elle en vient à interroger Dieu, constamment. Sa dialectique est limpide, son verbe urgent. Ce livre est une ordalie : de cela je suis sûr.

Nacre.

Mes vêtements de deuil me pesèrent, déplaisants qu’ils devaient être à Sabine, si gaiement parée , semblable à un bon paon-de-jour. Avec un sentiment de sacrilège, je mis un grand col blanc à ma robe de veuve. p.17

– Il reçoit des grâces, c’est comme tangible.
– Oui, c’est visible.
– J’en arrive à me demander, dit Christine, baissant la voix et hésitant devant l’énormité qu’elle allait avancer, des fois je me demande si ce ne serait pas un saint.
Ce dernier mot avait, pour cette catholique invétérée, un sens aussi précis qu’un verdict d’assises. p148
La dureté dont Morin ne se départait guère à mon égard suscitait d’ailleurs en moi une joie singulière.
Enfant, j’étais bouleversée par le conte de Schiller où le chevalier de Malte, vainqueur du dragon et exclu de la communauté par le grand maître, pose, avant de partir, un baiser sur la main impassible de celui-ci. J’étais le chevalier. Voici qu’avait paru le grand maître de l’ordre.
Je serrai la rampe, pliai le jarret, et me trouvai dans la rue pareille à une tranchée. J’eus peine à la reconnaître. Je ne parvenais pas à marcher droit, je titubais. Ni en ce monde, ni dans l’autre. Comment l’âme pourrait-elle se distraire de la vision béatifique pour regarder ses affections humaines ? Au bien suprême et total, rien ne peut s’ajouter. Morin m’avait dit qu’un cattholique n’est tenu de croire qu’aux points énoncés par le symbole des apôtres. Pas une parole, dans cette prière, ne promettait que la vie éternelle réunirait ceux qui s’étaient connus. Même si cette réunion avait lieu, seule mon âme, dépouillée de son corps, verrait l’âme de mon guide. Après la résurrection de la chair, je n’aurais plus qu’un corps glorieux, incapable à jamais de s’abîmer en un autre et de transmettre la vie. Je jouirais de l’immortalité, mais je ne pourrais plus y appeler de nouveaux êtres. La perte était irrémédiable. Je t’offre, Seigneur, ce manque privilégié, devant lequel même le ciel reste impuissant. Que ma prière ne t’apparaisse pas sacrilège. Il y a assez de sainteté au monde pour la sanctifier.
Je marchais dans la silencieuse nuit de Dieu, me hâtant, comme ces ânes arabes aux flancs desquels le maître maintient une plaie toujours saignante, pour les faire mieux avancer. Excipit.

Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre. Prix Goncourt 1952.

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